Conseil de jeunes

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Conseil de jeunes
De la participation à la réflexion
Témoignage de Maria Giuseppina Bruna, Membre du Conseil Parisien de la Jeunesse et étudiante en Master 2 à l'Université Paris Dauphine
Margie Brunat
Margie Brunat

Membre du Conseil Parisien de la jeunesse, Maria Giuseppina Bruna a réalisé un mémoire de Master 1, à l'Université Paris Dauphine, sur le Conseil de la Jeunesse du 10ème Arrondissement.

« Binationale franco-italienne, j’ai exprimé, dès mon plus jeune âge, une certaine sensibilité politique et j’ai ressenti le besoin de m’impliquer dans la vie de la Cité. Restait à identifier une structure publique apte à répondre à ce désir d’engagement… »

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce mémoire ?

 

Binationale franco-italienne, j’ai exprimé, dès mon plus jeune âge, une certaine sensibilité politique et j’ai ressenti le besoin de m’impliquer dans la vie de la Cité. Restait à identifier une structure publique apte à répondre à ce désir d’engagement…

La fondation à Paris dès 2001 de Conseils de Jeunes ouverts aux 13-25 ans, sous l’impulsion du Maire Bertrand Delanoë, a coïncidé avec une sorte d’ouverture de l’espace des possibles, un élargissement des lieux, des formes et des temps d’implication citoyenne des jeunes.

C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme et bouillante d’idées que j’ai intégré le Conseil de la Jeunesse du 14e Arrdt, saisissant ainsi cette occasion offerte aux jeunes par les Elus parisiens. Au sein d’un groupe motivé, j’ai participé à la réalisation d’initiatives citoyennes, notamment en matière de transmission intergénérationnelle de la Mémoire et de lutte contre les discriminations.

Soucieuse de m’impliquer à l’échelle de ma ville, je me suis investie successivement au sein du Conseil Parisien de la Jeunesse, dont je suis actuellement responsable de la Commission « International ».  

Au fil des années, j’ai souhaité intensifier mon engagement en faveur de l’égalité. C’est ainsi que j’ai intégré la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme, l’une des plus anciennes et actives associations françaises en défense des Droits de l’Homme. Actuellement, je siège au sein du Conseil National de la Jeunesse (Ministère de la Jeunesse) comme membre suppléant représentant la LICRA Jeunes, dont je suis la responsable pour la Fédération de Paris.

Lorsque dans le cadre de mes études à Dauphine, j’ai eu à choisir une organisation à laquelle consacrer mon Mémoire de M1 « Sciences économiques, sciences politiques, sociologie », mon choix s’est vite porté sur le Conseil de la Jeunesse du 10e Arrdt, dont je connaissais le dynamisme et avais eu écho des importantes réalisations.

Pouvez-vous rapidement décrire le fonctionnement de ce conseil ?

 

Reposant sur un principe d’égalité entre membres-jeunes, les animateurs professionnels et les Elus, le CJ10 est une instance démocratique de participation et d’action. Il se fonde sur une forme de négociation délibérative.

A la croisée d’un projet politique et d’un désir juvénile d’engagement (qui trahit aussi une soif de légitimité individuelle et collective), le CJ10 est une instance structurellement égalitaire et fonctionnellement méritocratique. Aussi refuse-t-il toute hiérarchie statutaire bien qu’il s’appuie sur une division fonctionnelle des tâches et des responsabilités. 

Le CJ10 exclut, encore plus qu’une association, toute logique de carriérisation et de rétribution financière de l’engagement. Voulu par les autorités politiques, encastré dans l’administration, le CJ10 tire sa légitimité symbolique d’un transfert de sacralité de la part de l’autorité municipale. 

Structure de participation reposant sur l’esprit du don et sur ses logiques d’endettement mutuel positif, le CJ10 est un modèle d’organisation participative transculturelle et trans-classes. Investi d’une fonction sociale de relai intergénérationnel et interculturel, le CJ10 est une incarnation métonymique d’une jeunesse active, responsable et engagée. 

Quels étaient vos objectifs pour la réalisation de cette étude ?

 

Dans le cadre d’une approche résolument transdisciplinaire, à la frontière entre la sociologie politique et les sciences des organisations, je souhaitais questionner la logique socio-organisationnelle présidant au fonctionnement de cette instance. Mon propos était de détecter les ingrédients de l’heureuse alchimie se réalisant au sein du Conseil de la Jeunesse du 10e Arrdt. C’est ainsi que je me suis intéressée à sa genèse, à ses modes de fonctionnement, à la façon dont se construisent, se tissent et se consolident les relations entre les acteurs clés du système : les Elus, les animateurs, les membres-jeunes, les anciens membres, les associations. 

Dans cet Arrondissement caractérisé par une forte mixité sociale, l’institution d’un Conseil, instance officielle d’incarnation de la parole des jeunes, peut se lire comme un don de citoyenneté consenti par les Elus municipaux envers les jeunes. Un don premier créant une sorte de dette morale du Conseil (comme instance) envers la Mairie (personnifiée par les Elus, l’Administration et les animateurs). C’est cette dette éthique qui impulse le sens de responsabilité affiché par les membres du CJ10.

Intéressés à la chose publique sans être forcément politisés, les membres-jeunes investissent le CJ10 avec enthousiasme. C’est pourquoi ils cueillent cette occasion rare en réalisant des initiatives collectivement utiles. C’est pourquoi aussi ils transmettent ce devoir d’efficacité et cette éthique de la concrétude parmi les principes fondateurs du Conseil d’une génération de jeunes à l’autre.

Cette étude a-t-elle changé votre regard sur le fonctionnement, la pertinence ou l’efficacité de ces conseils ?

 

Chausser les lunettes du chercheur c’est tout d’abord  adopter une neutralité axiologique et une indépendance procédurale. C’est d’une certaine façon expérimenter une objectivation participante au sens bourdieusien,  tenter de se distancier de ses propres opinions. C’est ainsi que je me suis efforcée, encadrée par le corps enseignant de Dauphine, de laisser de côté mes convictions militantes pour appréhender le plus fidèlement possible les logiques subtiles de cette instance. Grâce à la disponibilité des membres-jeunes, à la confiance des Elus et de l’Administration parisienne, j’ai pu obtenir un matériau empirique d’observations et d’entretiens très riche.

A l’issue de l’étude, j’ai été confortée à la fois sur la pertinence, l’efficacité et l’utilité sociale de ces instances de participation juvénile. En effet, elles satisfont au désir d’engagement des adolescents et des jeunes adultes et participent à les sensibiliser au politique. De plus, les Conseils confèrent, par l’implication locale, un ancrage identitaire fort à des jeunes, souvent issus de l’immigration. Intégrer un Conseil de Jeunes est une aventure collective, une expérience partagée de co-construction de projets, particulièrement formatrice à l’âge charnière de l’adolescence. Lieu de socialisation où s’expérimente la richesse de la diversité, un Conseil est un lieu d’apprentissage où se construit un capital social, symbolique et culturel mobilisable dans le milieu scolaire, professionnel voire militante. Aussi le Conseil remplit-il une pluralité de fonctions : politique, pédagogique et sociale et se configure-t-il comme un rouage essentiel de l’action publique municipale à l’adresse des jeunes. 

Quels sont les éléments clés que vous retenez de cette étude ?

 

Espace d’inter-culturalité, le CJ10 témoigne de l’attention de l’institution municipale et, par métonymie, du politique à l’égard des jeunes : il participe ainsi à la construction personnelle des membres-jeunes, tant sur le plan identitaire (gratification symbolique, valorisation) que sur celui scolaire et professionnel.

Le CJ10 incarne et vivifie l’esprit participatif qu’il matérialise dans une structure organisationnelle originale. A ce titre, le CJ10 opérationnalise une conception agissante et implicationniste de la citoyenneté et inaugure une forme nouvelle –et hybride– de socialisation : l’individualisme collectif.

Source de valorisation subjective mais aussi de reconnaissance institutionnelle, le CJ10 est aussi un lieu de débat et d’invention de projets. Espace d’engagement, il est décrit par les membres comme un lieu d’action. Il a représenté pour bien de jeunes un moyen de réalisation de soi par la mise en œuvre de projets concrets.

Télécharger le résumé de l’étude : www.citoyendedemain.net/pdf/temoignage_conseilenfant_doc.pdf 

Avez-vous des conseils à donner à un jeune qui veut s’engager dans le conseil de son quartier, de sa ville ?
Tout d’abord, je l’inciterais à adopter une attitude pro-active à la fois pour rejoindre le Conseil et pour y devenir un acteur porteur d’idées, de projets et d’expériences. Ensuite, je lui recommanderais de toujours jouer collectif car la force d’un Conseil réside dans la cohésion du groupe et l’unité dans la diversité de ses membres. Enfin, je lui conseillerais de percevoir dans l’animateur et les Elus des partenaires privilégiés pour l’échange, le dialogue et l’action.
Avez-vous des conseils à donner aux Villes qui ont, ou qui veulent, mettre en place un conseil de jeunes ?

 

Il serait bien prétentieux de ma part de dispenser des conseils. Néanmoins, à la lumière de mon expérience personnelle de jeune et chercheuse, je ne peux qu’encourager vivement les municipalités et plus largement les collectivités locales à se doter d’instances de démocratie participative à l’adresse des jeunes. En effet, les Conseils municipaux (ou locaux) de Jeunes sont aptes à satisfaire une double fonction : sensibiliser à la politique des jeunes de plus en plus « désenchantés » et donner une image de proximité et de transparence aux municipalités. 

Espaces-carrefour mettant en relation une pluralité d’acteurs, les Conseils de Jeunes pour être pertinents et socialement utiles se doivent d’être a-partisans et indépendants des Elus, comme cela est le cas à Paris. Ensuite, les Elus doivent faire le pari de la diversité au sein des Conseils : diversité d’âges, de parcours et d’origines et y exclure toute logique partisane et hiérarchique. En effet, telle est la clé de l’unité du groupe : la liberté dans la participation et la désignation de leaders (informels) et l’encadrement par un professionnel (animateur) apte à faire le lien entre les jeunes, les Elus et l’Administration.

J’inviterais les Elus à renouveler leur « pacte de citoyenneté » avec les jeunes, en soutenant politiquement et personnellement les projets et les réalisations du Conseil. En effet, ce qui détermine la durabilité de l’instance et sa capacité à se réformer en douceur dans le temps c’est bien un renouvellement constant du pacte d’association liant les membres-jeunes et la Mairie. Ce lien doit être sans cesse revivifié, autour des projets du Conseil et des cérémoniels de l’officialité. En effet, c’est là que se redit, symboliquement, l’alliance première entre les partenaires, que se réactualise la promesse d’antan. Dans le CJ10, ce rôle est joué par la plénière avec les Elus. C’est là que les autorités publiques attestent de leur attachement à l’instance, que renaît le circuit du don. 

In fine, j’inviterais les Elus à doter les Conseils d’outils leur permettant de garder mémoire des activités réalisées (archivage documentaire systématique des projets, rédaction de rapports d’activité…) pour permettre l’accumulation des savoir-faire et le stockage de capital-crédibilité de l’instance. 

3 arguments pour la mise en place de conseils de jeunes ?

En résumant mes propos précédents, voici, de mon point de vue, les trois arguments majeurs pour inciter à la création d’un Conseil :

   1. Un Conseil fournit une expérience de socialisation variée dans un espace où s’entrecroisent des acteurs aux profils et aux tissus relationnels très différents.

   2. De par sa nature et sa composition mixte, un Conseil se configure comme un laboratoire vivant d’une citoyenneté implicationniste se fondant sur les principes démocratiques et républicains et se nourrissant de l’expérience locale.

   3. Un Conseil est une structure multi-centrée et multi-dynamique apte à sensibiliser les jeunes avec les sphères du politique et de l’institutionnel.

Quelques liens utiles sur la démocratie locale

 

• Site de l’ANACEJ (Association nationale des conseils d'enfants et de jeunes)

www.anacej.asso.fr

 

• Site de la Mairie de Paris page dédiée aux Conseils de la Jeunesse

www.paris.fr/portail/accueil/Portal.lut?page_id=6307&document_type_id=4&document_id=14224&portlet_id=14192

 

• Emission Planète Jeunes du Conseil parisien de la jeunesse

http://archives.radiocampusparis.org/?cat=160

 

• Portail jeunes de la Mairie de Paris page dédiée au Conseil parisien de la jeunesse

www.jeunes.paris.fr/expression-citoyenne/conseils-de-la-jeunesse/le-conseil-parisien-de-la-jeunesse

 

• Site du Conseil National de la Jeunesse

www.conseilsdelajeunesse.org   

 

• Site de l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire)

www.injep.fr

 

• Site de Place Publique

www.place-publique.fr

 

• Site de la Mairie de Paris page relative à la Mission Démocratie Locale

www.paris.fr/politiques/participez/outils/la-mission-democratie-locale/rub_10009_stand_15339_port_25010

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