Ecole ouverte des Bourseaux
Ecole ouverte des Bourseaux
de l’élève à l’enseignant
Témoignage d’Erwan Le Phuez, enseignant et ancien élève de l’école ouverte des Bourseaux à Saint-Ouen-l’Aumône


Née en 1980 d’une volonté politique de créer une école « autrement », l’école ouverte des Bourseaux propose une pédagogie coopérative et multi-âge.
Erwan Le Phuez, aujourd’hui enseignant à l’école ouverte des Bourseaux, hier élève dans cette même école nous offre son double regard.
Après avoir été élève à l’école des Bourseaux, vous y êtes aujourd’hui enseignant. Hasard ou choix ?
Hasard ou choix ? En fait, quand on débute dans l'enseignement via l'Education Nationale, le choix ne fait pas vraiment partie du vocabulaire. Les nouveaux enseignants ne débutent qu'avec peu de points, en conséquence ils tournent un certain temps avant de se fixer sur une école.
En ce qui me concerne, j'ai eu beaucoup de chance. Avant d'être affecté sur l'école ouverte des Bourseaux j'étais sur un autre poste. Le jour de la prise de contact avec mes futurs nouveaux collègues, j'ai appris qu'une cascade dans les affectations m'avait fait changer de poste, je me suis donc retrouvé à l'école ouverte des Bourseaux.
De par la pédagogie qu'elle pratique et son organisation, cette école a un réel besoin d'enseignants qui sont partie prenante du projet. Le fait que j'aie commencé à fréquenter le GFEN (Groupe Français d'Education Nouvelle) cette année a peut-être fait de moi un profil qui pouvait convenir ?
Avoir été élève à l’école des Bourseaux vous a-t-il motivé dans le choix de devenir enseignant ?
Quand j'étais scolarisé en primaire, je ne me posais pas trop ce genre de questions mais en grandissant, en confrontant mon expérience scolaire avec celle des autres, je me suis rendu compte que j'avais particulièrement bien vécu ma scolarité. Quand j'étais au primaire, j'aimais l'école. C'était pour moi un lieu de vie, un lieu où je pouvais grandir, me construire et m'épanouir tout en apprenant.
Quand, j'ai choisi de m'orienter vers l'enseignement (assez tôt en fait), j'ai toujours gardé à l'esprit les années que j'avais passées aux Bourseaux. De plus, si j'ai choisi de me présenter au concours de professeur des écoles et non pas au CAPES, c'est pour l'amplitude pédagogique que permet l'enseignement au primaire.
Donc, je pense que je peux clairement dire que mon expérience à l'école des Bourseaux a influencé mon orientation professionnelle et continue de me marquer dans les pratiques que je mets en place ou que j'aspire à mettre en place dans mon groupe-vie (ma classe).
Au cours de votre formation (élève puis étudiant) vous vous êtes confronté à d’autres pédagogies que celle des Bourseaux, qu’en avez-vous retirés ?
Comme beaucoup d'enfants qui quittent les Bourseaux, j'ai suivi un cursus, pour ainsi dire, traditionnel. Je suis donc passé par le collège de secteur, le lycée de secteur et même la fac "de secteur".
J'aime à penser que l'éducation que j'ai reçue à l'école m'avait donné des bases scolaires et sociales suffisamment solides pour traverser le système scolaire français, avec ses qualités mais aussi ses défauts.
J'ai le sentiment d'avoir acquis un rapport aux apprentissages sain et un rapport aux autres (enfants et adultes) qui me permettaient de me sentir à l'aise avec moi même et ce dans un groupe.
Je suis convaincu que la construction d'un rapport sain aux autres, à soi-même et aux apprentissages est en corrélation directe avec certaines pratiques encore en vigueur dans l'école comme : la vie-coopérative, l'auto-évaluation ou encore la mise en projet des apprentissages.
Quelle a été pour vous la continuité entre votre rôle d’élève et celui d’enseignant quelques années plus tard ?
On peut distinguer plusieurs niveaux dans la continuité entre l'adulte et l'élève.
Le premier niveau se situe sur le plan de la coopération. Les enfants sont régulièrement mis en groupes pour leurs travaux, ce qui les incite à coopérer sur la base de l'auto-socio-constructivisme. C'est ce que j'ai vécu en tant qu'élève il y a quelques années. Ce qu'il est intéressant de souligner (sur le plan de la continuité) c'est que les principes de coopération qui s'appliquent aux élèves s'appliquent de la même manière aux adultes. En effet, les adultes de l'école (sans distinction de statut) se réunissent hebdomadairement pour faire vivre l'école (au même titre que les enfants se réunissent toutes les semaines pour faire vivre la classe). Dans le même registre, les enseignants de chaque cycle se réunissent également de manière hebdomadaire pour partager, échanger et préparer les démarches (séquences) ainsi que les contenus d'apprentissages.
Un autre élément de la continuité que j'ai retrouvé quand j'ai commencé à enseigner dans cette école se situe au niveau des possibilités d’expression.
Au sein des groupes-vie et de l'école, il existe des moments de classe au cours desquels les enfants ont un droit de parole. Ils peuvent amorcer la gestion du groupe-vie, proposer des projets, raconter des choses qui leur tiennent à cœur, ils peuvent échanger et débattre sur divers thèmes ou encore s'expliquer entre eux pendant des moments appelés "régulation". Ces moments de classe qui contribuent au bon déroulement du quotidien scolaire sont aussi présents à l'échelle adulte.
Des changements à l’école des Bourseaux ont-ils eu lieu entre le moment où vous avez été élève et aujourd’hui ?
Des changements ont eu lieu et j'ai envie de dire : heureusement.
Le projet a été créé il y a maintenant 30 ans. Il se voulait à l'époque novateur et différent sauf que depuis 30 ans, la société a changé, les enfants ont changé, en d'autres termes, beaucoup de choses ont changé.
Pour commencer, l'équipe multi-statutaire (l'équipe qui n'est pas composée uniquement d'enseignants mais aussi d'Agents Territoriaux Spécialisés des Ecoles Maternelles (ATSEM), d'animateurs et d'intervenants) a été renouvelée à 100% sans que le projet d'origine n'en soit inquiété. C'est déjà, là, un sacré changement.
Par ailleurs, il y a une équipe solide qui a le souci permanent d'améliorer sa pratique. De ce fait elle expérimente, elle ajuste et elle partage. Cela prend certes du temps mais c'est très prolixe. Ce souci d'aller de l'avant impulse nombre de changements dans nos pratiques au quotidien. Par exemple, suite à une étude parue sur les résultats des anciens élèves de l'école des Bourseaux , nous nous sommes réunis à plusieurs reprises pour analyser les résultats et en extraire ce qui pour nous était positif ou négatif. Le négatif a donné lieu à des chantiers qui vont nous permettre de mettre en place de nouveaux dispositifs à partir de la rentrée prochaine.
Ensuite, l'école ouverte des Bourseaux est une école publique qui dépend au même titre que toutes les autres écoles publiques de l'Education Nationale. Par conséquent, elle respecte les instructions officielles ainsi que les programmes officiels. Les contraintes institutionnelles, comme la NOS (nouvelle organisation scolaire) par exemple, ont impulsé des changements dans les emplois du temps.
Ce qui est important, et là c'est mon regard d'adulte, c'est que cette adaptation s'est faite sans pour autant trahir les fondamentaux qui définissent l'école. Je pense par exemple à la vie coopérative, le multi-âge, des projets forts comme les classes de découverte ou encore la volonté de former des citoyens actifs.
En effet, sur les actuels douze groupe-vie qui sont dans l'école, toutes les classes, sans exception, sont en multi-âge (différentes classes d'âges sont réunies dans une même classe en respectant les cycles). Tous pratiquent la vie-coopérative et la pédagogie de projets. Pareillement, même si cela s'avère parfois compliqué, tous les groupes-vie partent tous les ans en classe de découverte et ce du cycle 1 (maternelle) au cycle 3.
Je ne suis pas dans l'école depuis très longtemps mais, je vois comme une richesse le fait de savoir évoluer et s'adapter. En d'autres termes, interroger sa pratique et la remettre en question sans pour autant s'écarter d'un projet éducatif singulier qui présente des caractéristiques qui selon l'étude de Jacques PAIN et Olivier BRITO (précédemment citée) obtient des résultats plus qu'honorables sur le plan social ET scolaire.
Références bibliographiques
- École ouverte des Bourseaux, L'école : Une coopérative des savoirs, projet d'école et équipe éducative cycles et multi-âge, 1991
- École ouverte des Bourseaux, L'école mosaïque, apprendre ensemble et se construire par des pratiques solidaires, 2005, CRDP de l'académie de Versailles - CDDP du Val d'Oise
- Global: pédagogie active
- temoignages: Erwan Le Phuez, école ouverte des bourseaux




recherche
En effet, c'est le sens de ma question : j'ai une petite fille qui pourrait faire une rentrée prochaine à la crèche... Connaissez-vous une école, aux méthodes pédagogiques nouvelles, près de Roubaix où j'habite...
Merci de votre réponse...
Bien cordialement,
Fadila Le Bas
inscrire ou non mon fils dans cette école.
Tout d'abord merci pour votre témoignage.
Mon fils vient d'avoir 6 ans et se pose donc la question de l'inscription en école primaire. Nous nous interrogeons sur l'opportunité de lui permettre de suivre une scolarité autre que classique pour lui permettre (vu son tempérament curieux et actif) d'aller à l'école avec un plaisir autre que celui de retrouver ses copains. Il commence déjà à se plaindre de la rigueur exigée par sa maitresse et du fait qu'il faille tout le temps "travailler" sans "parler".
Notre inquiétude ne se situe pas tant au niveau des apprentissages dans votre école mais bien au niveau du passage de la classe CM2 en 6ème où nous craignons une difficulté d'adaptation au système "classique".
Vous souvenez vous de ce moment là de votre scolarité? Comment l'avez vous vécu? Si vous pouviez m'en dire plus, ce serait formidable.
En vous remerciant par avance, bon courage et bonne continuation.
passage en 6
Je n'ai pas été élève aux Bourseaux, mais enseignante ZIL, Zone d'Intervention Limitée.
J'ai donc navigué sur plusieurs écoles du département, pendant 10 ans, en fin de carrière.
Des réunions officielles cm2-6ième, je retiendrai que les élèves des Bourseaux ou issus de classe "Freinet...", s'adaptaient facilement dans la mesure ou ils savaient où chercher les solutions à leurs problèmes.
Certains profs appréciaient, d'autres non car surpris par cette autonomie relative.
J'ai aussi rencontré des parents d'élèves du quartier (peu nombreux) qui étaient contre cette pédagogie, à un moment où je menais la chorale d'adultes. Leurs enfants étaient adultes, ils reconnaissaient que cette pédagogie, à long terme était efficace. Ils avaient été contre car elle les avait déstabilisés :
ce n'était ni l'éducation qu'ils avaient reçue, ni celle qu'ils avaient donnée. Mes propos n'engagent que moi.
Vous trouverez autant de réponses que de personnes. Cordialement
Marie Jo
l'autoévaluation
Ma question est donc de savoir si il me serait possible de vous posez quelques questions concernant la pratique de l'autoévaluation et par là même du port-folio ? Merci
Cordialement Stéphanie
super!
On voit à travers ton témoignage les effets positifs du fonctionnement pédagogique et humain que nous essayons de maintenir malgré les difficultés institutionnelles.
Cela est encourageant de lire les côté positifs de l'école et j'espère que nous arriverons à fonctionner encore longtemps en respectant nos "fondamentaux".
A jeudi !
Ton papa m'a envoyé votre
il est toujours agréable de lire des passionnés.
Bonne continuation.
Marie Jo une des chèfes de choeur de la chorale des Bourseaux (Toutenbémol)
Les bourseaux
René m'a fait parvenir le mail sur ton école. C'est super, je te félicite, continue dans cette belle voie. Je vous embrasse très fort toi et Aude. A bientôt. Fanfan.
reponse
je vais transmettre à la Bretagne profonde.
@+
Papa
Poster un nouveau commentaire