Les ateliers Philo

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Les ateliers Philo
« Libérer la parole de l’enfant »
Témoignage de Nathalie Monnier-Piaud, psychologue scolaire dans le réseau d'aide spécialisée de la circonscription d'Ecouen
Nathalie Monnier-Piaud
Nathalie Monnier-Piaud

Nathalie Monnier-Piaud est psychologue scolaire dans le réseau d'aide spécialisée de la circonscription d'Ecouen. Elle intervient notamment à l'école Gérard Philippe, de Villiers-le-Bel, dont l'écriture du projet d'école fait l'objet d'un témoignage sur le site : www.citoyendedemain.net/temoignages/projet-ecole

Confrontés à la problématique d'une violence croissante hors de l'école, dans le quartier, l'ancien directeur et les enseignants ont estimé qu'il fallait placer les enfants au cœur de leur problématique, les rendre acteurs de la démarche citoyenne qu'ils cherchaient à initier.

Le projet d'école se décline en trois axes qui font échos aux orientations prioritaires du contrat de réussite du Réseau d'éducation prioritaire Léon Blum, parmi lesquels la citoyenneté et la notion d' « enfant citoyen », sur lequel repose la mise en place de l'atelier philo.

Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre en place des ateliers philo ?
L'école en tant qu'institution est centrée sur le travail scolaire, ce qui fait que quand ils ne sont pas « bons élèves », les enfants peuvent vite avoir une mauvaise image d'eux-mêmes. L'idée de l'atelier c'est de leur montrer qu'on peut réfléchir et penser même si l'on n'a pas de bonnes notes en français. Je me suis rendue compte que lors des discussions en individuel, on en revenait tout le temps à des principes philosophiques, à une manière de voir le monde, la vie ensemble. L'atelier philo s'est révélé être une vraie réponse à apporter aux enfants.
Quels étaient vos objectifs ?

L'objectif principal de l'atelier est de libérer la parole des enfants, leur montrer qu'avec des mots on peut tout exprimer, mettre en forme des sentiments de manière adaptée. Dans le contexte de Gérard Philippe, il vient répondre à des difficultés concrètes. Le but n'est donc pas de parvenir à conceptualiser abstraitement une problématique qui toucherait indirectement les enfants. L'atelier vise également à valoriser les enfants, et à prendre en compte les questions parfois délicates qu'ils se posent et qui ne trouvent souvent pas d'écho au sein des disciplines scolaires. Il permet aussi de se confronter à d'autres points de vue et de tenter de construire un raisonnement de manière collective.

A ces objectifs généraux s'ajoutent des objectifs spécifiques par enfant, puisque je connais chaque participant pour l'avoir choisi et vu en entretien individuel au préalable.

Et puis voir les enfants en atelier me permet d'avancer dans la réflexion en individuel, de préciser une situation, de mieux cerner leurs problématiques spécifiques.

Comment ces ateliers se déroulent-ils ?

Tout d'abord les enfants doivent être d'accord pour participer aux séances de l'atelier et avoir l'autorisation de leurs parents.
L'atelier se déroule sur douze séances de 50 minutes, à raison d'un atelier par semaine, le vendredi après-midi pendant la tenue habituelle des cours. Ces douze séances sont découpées selon une logique thématique : les enfants choisissent ensemble trois thèmes lors de la première séance, et ensuite, seront consacrées deux à trois séances par thème selon une progression définie :

    1. La première séance est consacrée à l'expression du ressenti des enfants sur le thème.

    2. La deuxième séance consiste pour moi à essayer de guider et de donner une portée plus générale à la réflexion, de faire survenir de nouveaux éléments (aspect transgénérationnel au sein de la famille, etc.), on peut apporter des histoires auxquelles on a réfléchit au cours de la semaine écoulée, faire du lien, avec des fictions, des objets, etc.

    3. Durant la troisième séance : on essaie de synthétiser, de laisser une trace écrite, plastique ou sonore. Les productions peuvent faire l'objet d'une exposition dans les couloirs de l'école ou d'une communication dans les classes respectives des enfants concernés par l'atelier.

En général, on redéfinit les lois qui régissent le fonctionnement de l'atelier à chaque début de séance et, au besoin, pendant les séances. Notamment les trois principales : on n'est pas obligé de prendre la parole si on participe dans une écoute attentive, on respecte la parole de l'autre (on ne se moque pas, on ne coupe pas la parole et l'on tente de comprendre) et ce qui se dit de personnel dans le cadre de l'atelier ne doit pas en sortir.

Quels sont selon vous les points clefs qui ont contribué à la réussite du projet ?
Le fait que le projet d'école se positionne clairement sur l'éducation citoyenne et que l'équipe enseignante soit invitée à développer une réflexion sur « l'élève citoyen » permet d'inscrire l'atelier dans une logique globale. Le fait que je sois psychologue scolaire donne à l'atelier une connotation plutôt « psy », une orientation « thérapeutique » en quelque sorte, et surtout ne me demande pas, comme cela peut être le cas pour les enseignants de redéfinir ma position symbolique devant les enfants. La réussite du projet vient également du fait que je constitue en amont le groupe avec des enfants que je connais pour les avoir rencontrés en individuel et que je sais être dans la difficulté scolaire mais pas pour autant dans la difficulté intellectuelle.
Quels en sont les freins éventuels ?

La répartition de mes heures dans le cadre du RASED présente quelques inconvénients : chaque année, je commence l'atelier à partir du mois de mars car je ne dispose que de trois heures par école et par semaine. Soit une heure pour les réunions d'équipes, et deux heures pour travailler avec les enfants sur une école de 250 enfants. Ce sont ces deux heures que je divise à partir du mois de mars : une heure est alors réservée à l'atelier, ce qui implique que je ne rencontre plus les enfants concernés par le dispositif en individuel. Je peux malgré tout être mobilisée durant les temps d'atelier pour répondre à des urgences ou pour participer à des réunions de suivi de scolarité pour des enfants en situation de handicap.

Dans un contexte de restructuration des RASED, initiée par Mr Darcos en novembre 2008, ce genre d'initiative se trouve fragilisée par la crainte de perte de postes E ou G dans le secteur et par l'incertitude liée au maintien ou non de ces postes. L'urgence provoquée par une baisse du nombre de prises en charge individuelles par les maîtres d'adaptation ou les rééducateurs du réseau, me contraindrait très certainement à abandonner la pratique des ateliers philo. A cela s'ajoutent des difficultés d'organisation et de communication avec l'équipe, de l'établissement d'une part (car mes visites ne peuvent être que ponctuelles) , et du RASED d'autre part (il faut s'entendre à l'avance avec tel poste E ou G sur les heures de prise en charge de tel enfant en fonction de nos disponibilités respectives), ainsi qu'une fragilité matérielle mise en évidence par la difficulté chaque année de trouver et de « garder » une salle du mois de mars au mois de juin. Au nombre des freins éventuels, il y a le turn-over des équipes enseignantes sur le secteur qui ne favorise pas la pérennisation, la diffusion, la communication et l'évaluation de la pratique. La moitié de l'équipe en moyenne change tous les ans, ce qui fait que les nouveaux membres qui ne sont pas à l'origine du projet d'école peuvent mettre un certain temps avant de s'en saisir et d'être au fait de ce qui se fait dans l'établissement.

Quels apprentissages sont liés ou nécessaires à ce projet ?
Aucun pré-requis n'est nécessaire si ce n'est savoir communiquer et savoir être avec les autres.
Comment s'assurer que les enfants acquièrent et réinvestissent un savoir ou un savoir-faire lié à l'atelier philo ?

A partir des retours de l'équipe d'école, de l'enseignant ou éventuellement des parents, qui estiment que le rapport avec l'enfant ou de l'enfant avec les autres ou les apprentissages a changé.

Et puis le fait que les enfants attendent cet atelier et l'apprécient, qu'il n'y est pas de problème de discipline comme cela peut être le cas en classe pour certains d'entre eux, c'est déjà un bon indicateur informel.

Considérez-vous avoir atteint vos objectifs?
Pas vraiment, je n'en ai malheureusement pas le temps. Pour autant il y a des évolutions dans l'écoute de chacun et au niveau du respect du cadre. Si l'objectif principal est d'améliorer la communication alors oui, il est en quelque sorte atteint. En ce qui concerne les objectifs individuels, ça sera différent pour chaque enfant.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un souhaitant monter ce type de projet ?

Je pense d'abord qu'il est préférable de travailler avec un petit groupe plutôt qu'en classe entière en fonction du contexte de l'école et des objectifs que l'on vise.

Je conseillerais aussi de se préparer à l'idée que tout peut sortir lors d'un atelier philo. Surtout dans le cas spécifique d'un atelier conduit en ZEP et dans le cadre d'un RASED. Il faut se sentir souple sur le projet, ne pas rester dans un rapport « vertical » avec les enfants et ne pas se fixer sur un cadre trop rigide pour la parole. Il y a des enfants qui n'ont pas accès à ce qu'on leur demande : ils n'ont pas une grande aisance verbale, des difficultés à abstraire, et pas beaucoup de stimulation intellectuelle : ça demande à l'animateur de rester accessible et de leur permettre d'apporter leur propre vécu tout en les aidant progressivement à s'en distancer.

Il faut pouvoir mobiliser leur intérêt et leur donner l'occasion de se saisir de ce temps de parole pour mieux s'épanouir, faire un retour.

Témoignage recueilli par Manon Bouchareu

contact

bonjour
je viens de lire le témoignage sur les ateliers philo que vous organisez, et j'en ai été très impressionné. je suis camerounais et y réside, je suis coordonnateur national d'une association locale qui se déploie dans l'éducation des enfants et de la fille à travers la scolarisation et les sessions de formation qualifiantes mises à leur disposition. l'association est dénommée ESPOIR ET AVENIR en abrégé EEA, elle est créée en 2005 et légalisée l'année d'après. elle compte de nombreuses réalisations dans les domaines suscitées. elle est très connue de l'administration locale et collabore étroitement avec les ministères de la JEUNESSE, affaires sociales, PROMOTION DE LA FEMME ET LA FAMILLE et LES PME. Je viens de découvrir Aide et Action en fouillant sur google et surtout le prestigieux résultat de vos ateliers. je voudrais donc en savoir plus. j'ai aussi vu que votre association est présente dans certains pays africains mais pas au Cameroun. aussi je voudrais savoir ce qu'il faut faire pour que Aide et Action vienne aussi au Cameroun.
Pierre Denys A+

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